DPE F ou G : pourquoi cette « bonne affaire » pourrait devenir un gouffre (interdiction de louer 2025-2028)

L'équipe ImoVertical9 min de lecture

Karim cherchait un premier investissement locatif. Un T2 de 42 m² dans une ville moyenne, affiché 118 000 €, soit nettement sous le prix moyen du quartier. « Petits travaux de rafraîchissement à prévoir », disait l'annonce. Il calcule son rendement : avec un loyer de 580 €, il tourne autour de 5,5 % brut. Sur le papier, l'affaire est belle.

Le jour du compromis, l'agent lui tend le dossier de diagnostics. En haut du DPE, une lettre : G. Karim ne s'attarde pas, il a hâte de signer. Trois semaines plus tard, en montant son dossier locatif, son courtier l'arrête net : depuis le 1er janvier 2025, un logement classé G ne peut plus être mis en location. Son T2 « rentable » est juridiquement inlouable. Pour le sortir de cette catégorie, le devis de rénovation énergétique dépasse 35 000 €. Son rendement de 5,5 % vient de se transformer en chantier obligatoire — et en bien invendable en l'état à un autre investisseur averti.

La « bonne affaire » n'en était pas une. C'était une passoire thermique, et son prix décoté n'était pas un cadeau : c'était le marché qui avait déjà intégré le problème que Karim, lui, n'avait pas vu.

Un logement sous le prix du marché cache souvent une raison. Le DPE en fait partie. 👉 Analyser une adresse

Pourquoi ce piège reste invisible

Le DPE — Diagnostic de Performance Énergétique, sur une échelle de A à G — est pourtant un document officiel, opposable depuis juillet 2021. Cela signifie qu'un acheteur ou un locataire peut se retourner contre le vendeur ou le bailleur en cas d'erreur. Et malgré cela, la passoire thermique continue de piéger des acheteurs chaque mois. Pour trois raisons précises.

1. La lettre est noyée, jamais mise en avant. Une annonce doit afficher la classe énergétique, mais elle apparaît souvent en bas, dans un bandeau réglementaire, à côté de l'étiquette climat. L'œil est attiré par la surface, le prix au m² « attractif » et les photos. Le « G » passe pour une formalité administrative parmi d'autres, pas pour le signal financier majeur qu'il représente.

2. Le vocabulaire est opaque. « Classe F », « 380 kWh/m²/an », « audit énergétique »… Pour un acheteur non spécialiste, ces termes ne déclenchent aucune alarme. Personne ne traduit spontanément « DPE G » par « interdit à la location aujourd'hui » ou par « plusieurs dizaines de milliers d'euros de travaux ». La donnée existe, mais elle n'est pas mise en perspective.

3. La vraie portée se découvre trop tard, au compromis. Comme Karim, beaucoup d'acheteurs ne réalisent l'impact qu'une fois engagés, parfois après avoir versé un acompte. Le dossier de diagnostics technique (DDT) n'est remis qu'au moment de signer, et le calendrier d'interdiction de location n'y figure pas en toutes lettres. La douleur arrive après l'engagement, pas avant.

Ce que ça coûte vraiment

Une passoire thermique ne coûte pas « un peu plus cher en chauffage ». Elle pèse sur trois postes financiers distincts, qui se cumulent.

Une interdiction de louer qui se rapproche chaque année

C'est le coût le plus brutal pour un investisseur. La loi Climat et Résilience a programmé un calendrier d'interdiction progressive de mise en location des passoires thermiques :

  • les logements les plus énergivores (consommation supérieure à 450 kWh/m²/an) sont interdits à la location depuis le 1er janvier 2023 ;
  • la classe G est interdite à la location depuis le 1er janvier 2025 ;
  • la classe F le sera en 2028 ;
  • la classe E le sera en 2034.

Les échéances 2028 (F) et 2034 (E) restent sous réserve d'évolutions législatives : des tentatives d'assouplissement parlementaires reviennent régulièrement, sans avoir, à ce jour, modifié le calendrier de la loi Climat et Résilience. L'échéance G du 1er janvier 2025, elle, est en vigueur.

Pour un investisseur, la traduction est sans appel : acheter un G aujourd'hui pour le louer, c'est acheter un bien non louable en l'état. Acheter un F, c'est s'imposer une échéance de travaux avant 2028. Le « rendement » affiché de l'annonce ne tient pas compte de cette contrainte.

Un loyer gelé, impossible à revaloriser

Depuis le 24 août 2022, le loyer des passoires thermiques (classes F et G) est gelé : un bailleur ne peut plus l'augmenter, ni à la relocation, ni en cours de bail (hors révision encadrée). Même si le bien est déjà loué, l'investisseur perd le levier classique de revalorisation. Le rendement réel s'érode au fil de l'inflation, sans rattrapage possible tant que le logement reste classé F ou G.

Une décote à la revente et un audit obligatoire

Côté valeur patrimoniale, les notaires constatent depuis plusieurs années une « valeur verte » : les biens performants se vendent mieux, et les passoires thermiques subissent une décote significative à la revente par rapport à un logement équivalent mieux classé. Selon l'étude « valeur verte » des Notaires de France (transactions 2024), une maison classée G se vend en moyenne environ 25 % moins cher qu'une maison équivalente classée D ; pour un appartement, l'écart est d'environ 12 %. En repère, chaque classe DPE perdue représente en moyenne autour de -8 % pour une maison et -4 % pour un appartement. Ce sont des moyennes nationales sur les transactions 2024, avec de fortes variations régionales : à prendre comme ordre de grandeur, pas comme une décote garantie sur un bien précis.

À cela s'ajoute une obligation concrète : depuis avril 2023, la vente d'un logement classé F ou G impose un audit énergétique remis à l'acquéreur, obligation étendue à la classe E depuis 2025 (et programmée pour la classe D en 2034). Cet audit chiffre les scénarios de travaux — et il refroidit souvent les acheteurs avertis, ce qui allonge les délais de revente.

Le coût des travaux pour sortir du statut passoire

Faire passer un logement de G ou F à une classe louable n'est pas un rafraîchissement. Cela suppose généralement une combinaison de postes lourds : isolation des murs et de la toiture, remplacement du système de chauffage, changement des menuiseries, ventilation. La facture atteint fréquemment plusieurs dizaines de milliers d'euros selon la surface et l'état initial. Des aides existent — MaPrimeRénov' notamment — mais elles ne couvrent jamais la totalité, et le reste à charge demeure important.

Avant de calculer un rendement, vérifiez la classe énergétique réelle du bien — pas celle, optimiste, sous-entendue par l'annonce. 👉 Analyser une adresse

Comment vérifier avant d'acheter

La bonne nouvelle : la donnée existe, et elle est publique. La mauvaise : sous sa forme brute, elle est difficilement exploitable par un acheteur pressé.

Les sources officielles à consulter :

  • Le DPE remis par le vendeur, dans le dossier de diagnostics. C'est le document de référence pour le bien précis. Vérifiez sa date de validité et le nom du diagnostiqueur.
  • L'observatoire DPE de l'ADEME (data.ademe.fr), qui recense les diagnostics réalisés en France. On peut y retrouver le DPE d'un bâtiment ou, à défaut, ceux de logements voisins comparables.
  • L'audit énergétique (obligatoire pour les ventes de F et G), qui détaille les travaux nécessaires et leur coût estimé.

Pourquoi la donnée publique brute ne suffit pas à un acheteur. Interroger la base ADEME suppose de connaître l'identifiant du bâtiment, de filtrer des milliers de lignes, de distinguer un DPE réellement attaché au logement d'un diagnostic voisin, puis de traduire soi-même la lettre en calendrier d'interdiction et en risque financier. Un acheteur n'a ni le temps ni les repères pour faire ce travail entre deux visites. Et surtout, la base ne croise pas spontanément le DPE avec le prix réellement payé dans le secteur — l'information qui permet de savoir si le rabais affiché compense, ou non, le coût des travaux à venir.

C'est exactement ce vide que comble une vérification d'adresse automatisée.

Ce qu'une vérification d'adresse ImoVertical aurait révélé en 30 secondes

Reprenons le cas de Karim. Au lieu de découvrir le « G » au compromis, il aurait collé l'adresse du T2 dans ImoVertical avant même de poser une option. En une trentaine de secondes, le rapport agrège près de dix-huit données publiques françaises pour cette adresse précise — dont la performance énergétique.

Dimension Performance énergétique d’un rapport ImoVertical : classe DPE du bâtiment et consommation en kWh/m²/an.
Rapport ImoVertical. La dimension énergétique affiche la classe DPE rattachée au bâtiment et sa consommation — la base pour anticiper le calendrier d’interdiction de location.

Concrètement, pour cette dimension, le rapport restitue :

  • la classe énergétique réelle du bâtiment, lue dans la base BDNB du CSTB (qui consolide les DPE existants), avec repli automatique sur le voisinage ADEME lorsque aucun diagnostic n'est rattaché au logement précis ;
  • le calendrier d'interdiction de location appliqué à la classe constatée — « interdit à la location depuis 2025 » pour un G, « interdiction en 2028 » pour un F — au lieu d'une simple lettre à interpréter ;
  • le rappel des obligations : gel des loyers pour les F/G, audit énergétique obligatoire à la vente.

Surtout, le rapport ne s'arrête pas à l'énergie. Il croise cette information avec le prix réel du secteur, issu de la base DVF (Demandes de Valeurs Foncières — les transactions effectivement enregistrées).

Dimension Prix du marché d’un rapport ImoVertical : prix médian au m² des ventes récentes (DVF) autour de l’adresse.
Rapport ImoVertical. Le prix au m² médian issu des ventes DVF, à mettre en regard de la classe énergétique pour juger une décote « passoire ».

Pour Karim, le croisement aurait parlé de lui-même : un T2 affiché à 118 000 € quand les ventes DVF récentes du secteur tournent à un prix au m² supérieur n'était pas une bonne affaire — c'était une décote qui couvrait à peine le coût des 35 000 € de travaux obligatoires. Vu ainsi, avant le compromis, la décision aurait été différente. C'est toute la différence entre une donnée brute et une donnée mise en perspective.

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Vérifiez l'adresse avant de signer

Une lettre sur un DPE peut transformer un rendement en chantier obligatoire. En 30 secondes, sachez si le bien est louable, à quelle échéance, et si son prix compense vraiment les travaux à venir.

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FAQ

Peut-on acheter un logement DPE F ou G ? Oui, l'achat reste parfaitement légal : aucune interdiction ne pèse sur la vente d'une passoire thermique. C'est la mise en location qui est restreinte (classe G interdite depuis 2025, F en 2028, E en 2034). Acheter pour habiter soi-même reste possible ; acheter pour louer impose d'anticiper les travaux et le calendrier.

Un logement DPE G peut-il encore être loué en 2026 ? Non. Depuis le 1er janvier 2025, un logement classé G est considéré comme non décent énergétiquement et ne peut plus être proposé à la location (nouveaux baux). Un bail déjà en cours peut se poursuivre, mais le bien ne pourra pas être reloué tant qu'il n'aura pas été amélioré.

Combien coûte la rénovation d'une passoire thermique ? Cela dépend de la surface et de l'état initial, mais sortir un logement du statut F ou G demande généralement des travaux lourds (isolation, chauffage, menuiseries) chiffrés à plusieurs dizaines de milliers d'euros. Des aides comme MaPrimeRénov' réduisent la facture, mais le reste à charge demeure significatif. L'audit énergétique obligatoire à la vente détaille les scénarios chiffrés.

Le DPE fait-il vraiment baisser le prix d'un bien ? Oui. Les Notaires de France observent une « valeur verte » : à caractéristiques égales, les passoires thermiques se vendent moins cher et plus difficilement que les logements bien classés. Sur les transactions 2024, une maison classée G se vend en moyenne ~25 % moins cher qu'une maison D, et un appartement G ~12 % moins cher qu'un appartement D — avec de fortes variations régionales. Un prix « cassé » sur un bien F ou G reflète souvent cette décote — pas une opportunité.

Mon petit studio est-il encore une passoire après la réforme du DPE ? Peut-être plus. Depuis le 1er juillet 2024, une nouvelle méthode de calcul du DPE s'applique aux logements de moins de 40 m², dont l'ancienne formule pénalisait mécaniquement la note. Ce recalcul a pu faire sortir certains petits logements du statut de passoire (passage de G à F, ou de F à E, par exemple). Si vous visez un petit surface classé F ou G avant cette date, vérifiez si un DPE recalculé existe : il peut changer la donne sur l'interdiction de location.

Comment connaître le vrai DPE d'un logement avant le compromis ? Demandez le DPE au vendeur, et recoupez-le avec l'observatoire ADEME (data.ademe.fr) et la base bâtiment BDNB. Pour gagner du temps, une vérification d'adresse comme ImoVertical lit le DPE réel du bâtiment, applique le calendrier d'interdiction et le croise avec le prix DVF du secteur — en quelques secondes, sans manipuler les bases publiques vous-même.

En résumé

  • Le DPE est opposable depuis 2021 : la passoire thermique (F ou G) n'est pas un détail administratif, c'est un risque financier majeur.
  • Calendrier d'interdiction de location : G depuis 2025, F en 2028, E en 2034 — sans oublier le gel des loyers des F/G et l'audit énergétique obligatoire à la vente.
  • Sortir un bien du statut passoire coûte plusieurs dizaines de milliers d'euros, et la décote à la revente s'ajoute à la note.
  • La donnée publique existe (ADEME, BDNB) mais reste difficile à exploiter : la croiser avec le prix DVF du secteur révèle si une décote affichée est une vraie affaire ou un piège.

Une lettre change tout. Avant de signer, vérifiez la performance énergétique réelle de l'adresse — et ce qu'elle vaut face au prix du marché. 👉 Analyser mon adresse →


Sources

  • Ministère de la Transition écologique — loi Climat et Résilience (2021), calendrier d'interdiction de location des passoires thermiques et gel des loyers : ecologie.gouv.fr
  • Notaires de France — étude « La valeur verte des logements en France » (transactions 2024) : notaires.fr
  • Service-public.fr — diagnostic de performance énergétique (DPE), opposabilité, validité et audit énergétique : service-public.fr
  • ADEME — observatoire des DPE : data.ademe.fr

À lire ensuite :

Cet article fournit une information générale et ne constitue ni un conseil juridique, ni un diagnostic réglementaire. Les seuils et règles cités peuvent évoluer ; vérifiez toujours l'information officielle pour votre situation.